Notre histoire #5: Ceci n’était pas un adieu

Je ne sais pas où j’ai puisé ce courage. Ce courage de franchir le pas qui allait m’éloigner de toi. Trancher dans le lard. Arracher le sparadrap d’un coup sec. Et en même temps glisser si lentement vers l’issue fatale.

Je ne voulais pas être assise là en face de toi, coincée entre la banquette et la table, sans sentir le vent et l’air du dehors qui m’aideraient à garder une certaine contenance. Je t’ai dit que je voulais qu’on se promène. Je ne me souviens plus si je t’ai annoncé vouloir te parler d’un sujet important. Je ne me souviens plus de grand chose. Je revois ta silhouette à côté de la mienne, ton long manteau noir dont les pans flottaient sous l’action de tes pas. Je ressens encore la moiteur de mes mains, la légère faiblesse dans mes jambes et mes intestins qui se tordent d’appréhension. Je dois me lancer. Je dois y aller. Je dois le dire.

Est-ce qu’on va finir par sortir ensemble? Va-t-on former un couple, sous peu?

Tu avais l’air sûr de ne pas vouloir dire oui. Coup de poignard dans les entrailles. Envie de vomir. Le monde s’ouvre sous mes pieds.

Seulement, tu n’as pas l’air sûr de vouloir dire non (ou je rêve?!).

Impasse. Statu quo.

Je suis sonnée.

Tu veux qu’on continue à se voir.

C’est au-dessus de mes forces. Je vais prendre des distances, un peu. Revenir, désespérément. Tenter de t’expliquer, tenter de comprendre surtout, de te comprendre, c’est quoi ce ni oui ni non bon sang.

Finalement, c’est toi qui auras tranché dans le vif. Arraché le sparadrap sans ménagement. Du jour au lendemain, fini. Fini nos moments à deux. Fini nos bisous sur la joue pour se dire bonjour. Fini les bonjours. Fini les regards qui se croisent. Tu ne me voyais plus. Tu passais devant moi sans ciller. Sans me voir. A chaque fois, la douleur que je ressentais me transperçait de part en part, s’enfonçant dans le sol comme pour me tirer six pieds sous terre.

Je me suis accrochée à mes examens qui approchaient à grands pas et à la délivrance qui m’attendait en septembre: enfin j’allais pouvoir quitter ce foyer qui me maltraitait, “monter à la capitale” et “voir autre chose”. Je ne pouvais me laisser abattre et risquer de perdre tout ce qui m’avait aidé à tenir ces deux dernières années. Mon coeur était gros de lourdeur, mes jambes avaient du mal à me porter, mais je n’ai pas flanché, quelque part, je me sentais forte quand même.

Malgré ta froideur toute nouvelle pour moi et ton obstination à ne pas vouloir me regarder quand on se croisait, moi je te regardais, sans baisser les yeux parfois. J’ai vu des choses que je ne voyais pas pendant nos tête-à-tête. J’ai vu de la tristesse, de la noirceur, de la douleur. Je voyais aussi à quel point tu abusais des substances illicites comme pour t’y noyer. Que ce soit avant ou pendant notre relation, j’avais passé beaucoup de temps à t’observer et je n’avais rien vu de tout ça. Parce que ce n’était pas là, en tous les cas, pas comme ça, pas à l’école. Alors j’ai accepté ce que mon instinct me soufflait mais que mon mental refusait: ce n’était pas non, c’était oui, mais pour une raison que j’ignorais, tu n’avais pas pu. Dire oui. Tu n’avais pas pu. Et je te manquais.

Résignée, je te fis parvenir une carte. L’illustration: une photo d’un chat tigré gris. Le mot: ne m’oublie pas.

Photo tirée de nos archives personnelles

Tout notre avenir résumé dans cette simple carte comme un message venu de loin, très loin dans le futur, un clin d’oeil. Je pris mes affaires, dis au revoir à tout le monde, me retournai une dernière fois pour regarder tout ce qui fût mon quotidien ces six dernières années et je partis dans un mélange paradoxal de lourdeur et d’allégresse.

On se retrouve vite pour un autre article! Hautes et belles énergies à vous.

De nos Flammes Jumelles,

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